2004

 

     

BAYONNE 2004 a encore fait un pas en avant pour le sérieux et la catégorie de ses arènes, ce qui est le plus important, le résultat artistique étant plus aléatoire.

Incontestablement, l'arrivée des chevaux d'Alain BON1JOL restera comme une avancée pour la réputation de notre plaza et pour le déroulement des courses (même si la qualité moyenne des toros n'a pas permis déjuger complètement de leurs qualités).

L'absence de monosabio en piste, la mobilité des chevaux, leur réaction face à la charge du toro leur poids beaucoup plus léger, leur comportement sans peur face au toro. leur bon état physique et tout simplement leur belle présentation, tout cela est apprécié unanimement.

Alain BON1JOL est d'ailleurs lauréat du prix '<E! Tio Pepe » 2004 pour sa contribution à

l'amélioration du 1er tiers et pour les prestations de qualité de ses chevaux notamment dans les conditions les plus difficiles à Arles, Vic Fezensac et Céret.

En 2004 la  priorité à la bonne présentation des toros a porté ses fruits, notamment pour les corridas de « vedettes » . Les plus beaux lots ont été quand même ceux de Hoyo de la Gitana bien qu'inégaux devant les Atanasio Fernandez et la noviilada de Rocio de la Camara.

Les toreros n'ont pas tous élé «à la hauteur» mais El Juli reste le triomphateur. Javier Conde

l'artiste inspiré à BAYONNE..... et El Cid. grand maestro avec un Victorino. Nous n'oublierons pas les prestations du Jeune Ferreira très torero, d'EI Fandi grand animateur, d'El Fundi lidiador et de Salvador Vega malheureusement pas reconnu par le public.

Prix Claude Pelletier

Le jury du prix Claude PELLETIER, composé de représentants du Cercle Taurin
Bayonnais, de la Peña Taurine Côte Basque, du club taurin "Betisoak", de la Peña Taurine
Bayonnaise et de l'Association des Critiques Taurins du Sud-Ouest, a attribue le prix 2004 aux forcados de Alcochete . Ce prix (institué en 1993) récompense un geste "Torero" remarqué au cours de la temporada Bayonnaise. Ce fut le cas lors de la corrida Portugaise du 17 juillet dernier : Les toros de Cortijoliva furent ce jour là difficiles et surtout très fort physiquement. Les forcados de Alcochete ont été très durement secoués, mais n'ont jamais abandonné, notamment lorsque face à un toro mal placé, parce que très difficile à manoeuvrer ils ont quand même tenté la "pega" (et ils l'ont payé cher !). Le public a été
 stupéfait par l'énorme bravoure de ces Toreros. C'est donc ces Forcados de Alcochete qui ont été retenus pour recevoir le prix Claude PELLETIER 2004. "Eso es Torero" !

Prix de la pena :

Le prix décerne par la pena pour le lot de toros le mieux présenté de la saison (trapio ,etat des cornes , le comportement n'est pas pris en compte) va à l'élevage de HOYO de LA GITANA de Salamanque (corrida du 1Aout)

Pour les meilleurs quites artistiques des novilladas piquées c'est Eduardo Gallo (14 juillet) et Antonio Jao Ferreira (3 octobre)

En ce qui concerne les prix pour les novilladas sans picador J Manuel Carabello et David Estève (deux fois)

Pour le souvenir aux arènes de  Bayonne

14 Juillet
Novillos de la Quinta, très bien présentés,

 Salvador Cortés salut et salut après avis, Morenito de Aranda silence et silence après avis, Eduardo Gallo silence et oreille avec pétition de la seconde.

1 Aout
Cinq toros de Hoyo de la Gitana, braves et nobles dans l'ensemble,Un sobrero de Juan Manuel Criado âgé de plus de cinq ans,Tous furent applaudis à l'arrastre avec plus ou moins d'à propos.

Eduardo Davila Miura bronca et silence avec passage à l'infirmerie,

Domingo Lopez Chaves vuelta après pétition minoritaire et vuelta,

Serafin Marin salut et vuelta.

7 Aout fetes
Toros de Benítez Cubero, nobles et lourds, excellent le dernier.

Marie Sara vuelta et vuelta,

Pablo Hermoso de Mendoza salut et deux oreilles,

Sergio Galán oreille et deux oreilles.

Sergio Galán et Pablo Hermoso de Mendoza sont sortis en triomphe, Galan recevant le trophée attribué par la Peña Campera au triomphateur de la corrida. Arènes pleines

8 Aout fetes
Toros de Atanasio Fernandez  difficiles à l'exception du bon premier. .

Uceda Leal oreille et salut,

Miguel Abellán silence et sifflets,

El Fandi oreille et salut.

Arènes pleines, temps lourd et orageux

15 Aout  MAUVAISE CORRIDA D'ALCURRUCEN
Toros d'Alcurrucén et des frères Lozano,  Le vent a gêné les toreros Temps couvert et orageux. J

ulien Lescarret salut et vuelta,

José María Manzanares salut après avis et salut,

Eduardo Gallo division d'opinions et salut.
Promu chef de lidia alors qu'il était à l'origine le plus jeune du cartel, Lescarret a parfaitement tenu son rôle

22 Aout  OREILLE POUR CONDE, JULI ET TEJELA, VUELTA POUR MARTELILLA
Quatre toros de Martelilla et deux de la Casa de los Toreros (même origine), bien présentés, encastés et nobles . Le meilleur fut le quatrième qui fit la vuelta.

Javier Conde sifflets et oreille,

El Juli oreille et silence,

Matías Tejela ovation et oreille.

Très bonne faena de Conde au bon quatrième lire l'article en bas de page du pincho .

4 Septembre  DEUX OREILLES POUR LE CID, UNE POUR FUNDI


Toros de Victorino Martin, bien présentés et encastés, braves dans l'ensemble à l'exception du dernier qui fut renvoyé aux corrales et remplacé par un sobrero de Iniesta (ex Paco Ojeda)  .

El Fundi oreille avec timide pétition de la seconde et salut au tercio après avis,

Fernandez Meca silence et silence,

Jesus Manuel "El Cid" deux oreilles et applaudissements avec sortie en triomphe .

Temps lourd et brumeux, arènes presque pleines.

5 Septembre  TRIOMPHE DU JULI


Toros de
Javier Pérez Tabernero, bien présentés et encastés dans l'ensemble, braves au cheval, mais hésitant parfois ensuite

 Enrique Ponce salut et applaudissements de respect,

El Juli salut et deux oreilles,

Salvador Vega applaudissements et salut après avis.

Arènes pleines, temps chaud 

100 ans de l'Aviron  DEUX OREILLES POUR JOAO ANTONIO FEREIRA


Dans le cadre du centenaire de l'Aviron Bayonnais, Lachepaillet présentait six novillos  Rocio de La Camara. 403 à 470 Kg; nés fin 2000 et début 2001. Très bien présentés, aux armures astifinas et limpias, bajitos et musclés de carrosserie, sans graisse superflue.

Paul Abadia "Serranito" silence et salut,

Jeremi Banty silence après avis et silence,

Antonio Joao Ferreira oreille et oreille. Sortie a hombros  et prix de la pena  ainsi que celui du meilleur quite.

Le pincho et Javier Condé

Un sens à tout ça…

Donner du sens, voila une noble tache, voila un ambitieux programme, une jouissive satisfaction, une quête absolue, universelle. Mais à quel prix ? Oui, comment expliquer ces escapades dominicales sous de lourds regards réprobateurs et ces repas pris seuls quand les enfants sont couchés. Que dire quand il n‘y a rien à dire, quand il ne s’est rien passé ? Comment se justifier ? Juste dire peut-être qu’on y a cru, que ça aurait pu, et que de toute façon cette envie, cette excitation « de l’instant d’avant », du « peut être », tronquera toujours les dimanche après-midi d’été en famille.

 Et, paradoxalement, que dire quand il y a tout à dire ? Quand le miracle a eu lieu que la lumière a jailli devant nos yeux fascinés… Oui que dire quand l’indicible est arrivé ? Sans doute pas grand-chose non plus. Ne rien dire mais simplement savourer « d’y avoir été »… Raconter, ce serait omettre, oublier, falsifier, et quel que soient les superlatifs employés, quelque part mentir. On ne peut rien dire, quand l’émotion vous affecte autant, quand chacun est à ce point touché, égoïstement, personnellement , complètement, transporté vers un je ne sais où qui tutoie sans doute le divin. On peut se pâmer pour beaucoup de choses, la beauté d’une femme, l’arôme d’un parfum, le nectar d’un vin, que sais-je encore, mais rien de comparable avec l’état dans lequel nous a mis La Faena de Javier Conde…

A ce moment, j’ai compris combien on est seul. Seul en bas dans l’arène, dans le combat face à la bête, et seul aussi dans les gradins à recevoir l’émotion, à la vivre intensément, à la vivre goulûment. C’est ça, huit mille spectateurs transportés, seuls face à leurs émois, à leur ressentis, renvoyés au plus profond d’eux-mêmes, face à leur démons, à leurs tourments internes, assumant leur place, leur vie, dans la vision de l’autre… Aller-retour incessant entre le plus profond de l’inconscient et la consciente beauté de ce qui se passe là en bas, à quelques mètres. Oui, quand le livre s’ouvre, que tout parait pour un instant clair, limpide, que l’on possède la clé pour tout décoder, que l’osmose parfaite s’opère entre le dedans et le dehors, que tout parait simple et beau.

Le temps s’arrête, l’espace-temps n’est plus géré, c’est une autre dimension : une relation à soi, à ses propres sentiments, dans laquelle la notion de temporalité n’est qu’un vague concept… Individuellement chacun vit cette expérience comme un accomplissement total, le franchissement d’un interdit vers l’allégresse et le bien-être… Le parfait dosage de l’excitation et de la satisfaction. Car Conde est devin, divin, oracle, maître sorcier ayant troqué sa baguette pour une cape. Grand chef d’orchestre de l’ordre du temps, il peut ouvrir ou fermer presque à sa guise le rideau secret de l’espace-temps …D’un coup d’étoffe magique, d’une caresse, d’un regard noir, sublimé par sa science de la chose taurine, de la vie et de la mort, un lieu, un temps, se sont transformés en huit mille lieux et huit mille temps. Javier, tu peux lire en chacun de nous, comme nous-même avons pu grâce à toi faire notre propre introspection. Ton regard se fige et nous transperce individuellement, nous somme tous ensemble concernés et tous seuls avec toi, avec nous-même. Ton art est une lumière, un éclair de lucidité qui nous éblouit et nous transforme. Maintenant je sais, je sais que je suis tout seul, à vibrer, à être transporter, là, mais je sais aussi que huit mille ont été transportés ailleurs, là où ils devaient aller.

Le public crie, des larmes roulent sur des joues barbues, des bras s’agitent, certains sont prostrés, d’autres prosternés… L’arène est animée de soubresauts irréguliers, désordonnés, autonomes. Tout le monde vit sa vie, jusqu’au bout, sans peur de « l’autre », ni des reproches, ni des tabous. Petite mort, aller-retour dans un ailleurs inconnu mais ô combien éclairant. Chacun fait son chemin, puis revient petit à petit, pour reprendre sa place, sa dignité, face à son voisin, aux autres. Vite, trop vite, les sourires un peu crispés, un peu gênés, reprennent le pas sur la plénitude, tout le monde surveille ses propres gestes, essayant de retrouver la motricité, la maîtrise d’un corps il y a peu encore totalement soumis, incontrôlable.

Les mots essayent d’analyser, de faire partager, simplement pour se rassurer, pour retrouver un collectif tranquillisant, mais bien en dessous de l’aventure individuelle vécue. La langue n’a pas les mots pour l’émotion.

Et toi, sorcier, illusionniste, hypnotiseur, maestro jusqu’au bout des doigts, tu salues avec le même calme, la même prestance, que lorsque tu as reçu une terrible bronca trente minutes auparavant. Tu le sais toi, que la clé n’est pas accessible à chaque fois, qu’il faut l’alchimie improbable de la bête, du maestro, et du reste, ce qui est incontrôlable, qui n’est affaire que de sentiment, d’humeur, de ressentis et d’émotion. La clé peut ne jamais sortir, le livre ne jamais s’ouvrir, telle est la terrible adéquation de cet art. Mais le seul espoir que peut-être le miracle va se produire est déjà suffisant pour autoriser les dérives, les défections, ou les absences du dimanche soir… Tenter de trouver du sens, de donner un sens à ses actes, je suis certain que beaucoup de spectateurs l’ont fait dimanche soir à Lachepaillet. Seul un artiste peut toucher aussi justement, aussi profondément, et arriver à te guider, à t’apprendre sur toi-même, alors que bêtement, prétentieusement, tu imagines te connaître et tout savoir de toi. Durant dix minutes, dans ce décorum un peu bizarre, de sable et de béton, de parfums fleuris et d’odeurs fauves, de lumières et de contrastes, tu as lu à cœur ouvert dans huit mille poitrines, donné la voie, tracé le chemin individuel de l’authenticité, pour chacun d’entre nous. Resurgissent en moi, certains films de Jean-Luc Godard, capable de te « révéler », de faire fondre des réticences enfouies très loin et très profond en toi, pour te rendre la vue, pour t’indiquer la route et son évidence.  Une Faena, et moi assis dans la lumière des gradin, un film et moi, assis dans le noir de la salle, la sensation peut étrangement et paradoxalement être la même : seul au milieu des autres... A la fois dans l’action et définitivement à l’extérieur, moi avec moi.

Je pense à mon sujet de dissertation de philosophie du baccalauréat : « Est-ce dans la solitude que l’on prend conscience de soi ? ». Oui je suis seul au milieu de ces gens, oui je suis seul grâce à toi l’artiste, et je prends conscience de moi, tu m’ouvres à moi-même, je te rends grâce, te remercie, je chemine, j’avance, j’ose. Oui j’ose enfin ne plus être la représentation de moi-même, la copie que j’offre aux autre, non, juste moi pour moi, la vérité nue, sans artifice, sans le poids des autres. C’est dur et à la fois tellement satisfaisant et reposant... Révélateur de l’être, voilà ta fonction, voilà ton sens.

Mais raconter la Faena, non, c’est la face immergée de l’iceberg, le joyau lui est en dessous de la ligne de flottaison, certainement dans le mouvement envoûtant de cette cape, dans la longueur sans fin de cette charge au centre de l’arène, dans le regard et la prestance de ce maestro, sûrement dans ce voyage immobile que j’ai effectué, dans tous ces mots que je ne trouve pas, et dans l’assurance certaine de la justesse de me sentir là où je devais être Dimanche 20 Août 2004 aux arènes de lachepaillet.